Simone Chiquet, Albert Schnyder Burghartz (Hg.)

Die Schweiz und ihr Europa – Nation, Region, Identität

La Suisse et son Europe – Nation, région, identité

Traverse 1994/3

Traverse. Zeitschrift für Geschichte – Revue d'histoire. Erscheint dreimal pro Jahr. Abopreis CHF 75.00 / EUR 60.00 ISSN 1420-4355, Band 1994
1994. 298 S. Br. CHF 25.00 / EUR 17.40
ISBN 978-3-905315-03-5

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Résumé

Au lendemain de la deuxième guerre mondiale, peu de projets politiques ont éveillé autant d¹espoirs et d¹attentes que celui d¹une Europe unie. L¹idée d¹établir un cadre de sécurité supranational stable ainsi que des structures économiques et politiques susceptibles de se renforcer encouragea, dès la deuxième moitié des années 1940, de nombreuses confédérations ­ dont l¹Union Européenne des Fédéralistes et le Mouvement socialiste pour les Etats-Unis d¹Europe ­ à créer un «Comité International de coordination des Mouvements pour l¹Unité européenne». Ce dernier adopta, en mai 1948, à La Haye, une résolution qui soulignait la nécessité pour les Etats européens «de transférer certains de leurs droits souverains pour les exercer désormais en commun, en vue de coordonner et de développer leurs ressources» (Le Document Fédéraliste, Juin 1948). Cette unanimité ne fut que partielle dans la mesure où aucun accord ne put se faire sur la manière de réaliser concrètement un tel projet. Les débats entre les partisans d¹un gouvernement fédéral européen et les défenseurs d¹une collaboration étroite et durable, mais privée d¹une autorité européenne autonome, aboutit au compromis qui se résume par la formule «Création d¹une Fédération ou d¹une Union».
Ces divergences qui se manifestèrent dès le début du processus de l¹unité européenne ont imprégné les conceptions et les discussions sur l¹Europe jusqu¹à nos jours. A chaque phase, on s¹efforça d¹activer l¹intégration en favorisant une collaboration aussi intense que possible entre les Etats-nations dans tous les domaines de la société (fonctionnalisme), ou inversement d¹accélérer le processus d¹unification en créant des organisations supranationales ­ dans le domaine politique et militaire en particulier (constitutionnalisme).
En Suisse, rares furent ceux qui virent dans ces débats animés par une interaction permanente entre des objectifs fonctionnalistes et constitutionnalistes, un phénomène permettant d¹accélérer de manière décisive le processus d¹unification. Au contraire, on y décela un indice de l¹incapacité des communautés supranationales de prendre convenablement en considération les intérêts nationaux des Etats. En même temps, ce jugement fut l¹occasion (bienvenue) de renforcer la définition du «Sonderfall» (cas particulier). Le débat européen permit à la fois de relever les qualités du consensus «suisse» et de mettre en évidence le «particularisme» de ce dernier: «la CE est gouvernée par des bureaucrates, la Suisse par le peuple; là-bas seuls les grands ont le droit de parole, ici chaque Suisse; Bruxelles est un Moloch, la Suisse une démocratie, de surcroît la plus ancienne et la meilleure!».
Cette façon de construire l¹identité d¹un pays se révèle à double égard attractive: d¹une part, elle permet de reléguer au second plan les discordances qui se manifestent au niveau national à une époque où les stratégies «suisses» éprouvées jusqu¹alors pour résoudre des conflits sont désormais vouées à l¹échec. D¹autre part, elle met en évidence de nouvelles possibilités (illusoires) de consensus. «Nous sommes ce que les autres ne sont pas»: une telle appréciation de la détermination d¹un pays par lui-même implique exclusivement une définition négative de soi; l¹identité devient un produit de rejet et de délimitation.
L¹exaltation de ses «propres» qualités qui se réfère aux déficits de celles des «autres» est un procédé à la fois remarquable et ­ du moins à long terme ­ voué à un certain échec: remarquable dans la mesure où les similitudes des débats au niveau supranational et national sont négligées; voué à un certain échec car il empêche de saisir les développements «suisses» comme partie des développements «européens» et de définir l¹identité «nationale» dans un processus d¹interdépendance.
De telles réflexions sont à l¹origine de ce dossier thématique «La Suisse et son Europe ­ nation, région, identité». Convaincus que les discussions actuelles soulèvent des problématiques également importantes dans d¹autres contextes historiques, nous souhaiterions présenter un éclairage différencié sur ces multiples aspects.
Dans son article de synthèse, l¹historien Hans Ulrich Jost (Lausanne) analyse dans quelle mesure la dimension européenne a formé et constitue encore les conditions déterminantes de l¹histoire suisse. Il part de l¹idée que l¹histoire nationale privilégie de manière contestable l¹exception et le particulier aux dépens d¹espaces et de structures interdépendants. En ce sens, il plaide «Pour une histoire européenne de la Suisse».
Le politologue Martin Zbinden (Lausanne) se focalise sur les «Différences de perception de l¹intégration européenne entre la Suisse romande et la Suisse allemande». Il essaie de cerner quelles expériences politiques, européennes en particulier, et quelles spécificités culturelles peuvent être avancées pour expliquer ces différentes positions. Dans leurs «Réflexions sur le déficit démocratique de l¹Union européenne»», le politologue Alexandre Kreher et le spécialiste de droit international Philippe Weber-Panariello (tous deux de Zurich) analysent les problèmes-clés de la discussion européenne sur la démocratie d¹un point de vue suisse; ils font ainsi apparaître les différents modèles en présence. Ces deux contributions traitent de problèmes qui ont été sujets à controverses ces dernières années. Le politologue Ruedi Epple-Gass (Liestal) thématise dans son article «Pays triangulaire» ou «espace régional d¹avenir»: à propos de la collaboration transfrontalière dans la région de Bâle» l¹interdépendance politique et économique dans la région bâloise: il présente notamment quatre exemples de coopération transfrontalière issus des nouveaux mouvements sociaux. Il critique du même coup le modèle supranational en lui opposant un modèle suprarégional.
L¹historien Hansjörg Siegenthaler (Zurich) a intitulé son article «Supranationalité, nationalisme et autonomie régionale: pratiques de l¹Etat fédéral suisse ­ perspectives de la Communauté européenne». L¹auteur se demande dans quelle mesure le jeune Etat fédéral s¹est constitué comme une addition de différents Etats membres en tant que petites nations ou comme leur fusion, sous une nouvelle forme, en une Nation suisse. En même temps, il expose comment le «Nationalisme» helvétique a influencé non seulement la constitution et la cohérence de l¹ensemble de l¹Etat, mais aussi la définition de l¹autonomie régionale. Ses analyses montrent clairement que la problématique «nationale» du 19e siècle est comparable par bien des aspects au débat contemporain sur un espace supranational. L¹historien Sandro Guzzi (Berne) considère pour sa part ces différents processus d¹intégration en prenant l¹exemple de l¹histoire de l¹espace du Sud des Alpes au 18e siècle. Sous le titre «Petit pays, grand espace: intégration politique et résistance locale d¹un point de vue historique», il met en évidence des analogies structurelles entre les développements passés et actuels: la question de l¹appartenance à un espace plus large s¹est déjà heurtée à une forte opposition sous l¹Helvétique.
L¹historien Martin Leuenberger (Bâle) décrit dans son exposé intitulé «Citoyens d¹honneur ou Ðchiens d¹étrangersð»? comment les étrangers sont perçus et jugés dans le canton de Bâle-campagne tout au long du 19e siècle. En se référant à deux groupes distincts ­ les émigrants de 1848 et les Juifs français ­ il montre que le fait d¹«être étranger» et le «caractère étranger» résultent de constructions socioculturelles. Dans son article «La Confédération en 1479 et l¹Europe à la fin du 20e siècle. Réflexions sur l¹invention et la représentation de pays», l¹historien Claudius Sieber-Lehmann (Bâle) analyse de manière comparative deux images de l¹Europe complètement différentes. Celles-ci lui permettent de montrer comment des représentations de pays ou de continents se réfèrent à certaines représentations imagées et/ou géométriques. Ces deux articles montrent que le phénomène de «Abgrenzung» (délimitation) n¹est pas seulement un produit du 20e siècle.
La philologue Renate Müller conclut ce dossier. Dans sa contribution «L¹Europe dans l¹Antiquité: mythe et toponyme», elle s¹interroge, à l¹appui des plus anciens documents de l¹Antiquité grecque et romaine, sur l¹origine de la notion d¹Europe et sur les différentes significations qu¹elle recouvrait à l¹époque.

Simone Chiquet, Albert Schnyder
(Traduction: Chantal Lafontant)